« Je n’ai pas connu mon père mais ma fille connaîtra le sien »

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Père inconnu ? C’est le titre d’un livre que j’ai beaucoup aimé, parce qu’il me fait penser à moi. Est-il mort ? Est-il vivant ? Pense t-il souvent à moi ? Etais-je si mauvaise pour qu’il m’abandonne et ne cherche jamais à me retrouver ? Autant de questions auxquelles je souhaiterais avoir des réponses. Mais jamais je ne les aurai.

Qui suis-je ?

Je m’appelle Annie, aujourd’hui âgée de 21 ans, maman d’un petit garçon âgé de 2 ans et demi aujourd’hui et qui fait ma joie. Son père ? Nous ne sommes plus ensemble. Mais j’ai gagné une victoire : il l’a reconnu pas comme mon père.

Il y a quelques mois, ma mère a enfin voulu me donner le contact de mon père. Ceci après des larmes de supplications et même des injures. Je l’ai appelé, une douche froide dont je m’en souviendrais toute ma vie. Je lui ai dit que j’étais sa fille, je lui ai parlé de ma mère. Mais les seuls mots que j’ai eus pour réponse c’est qu’il était très occupé et me rappellerait plus tard. Un bip et plus rien.

Mon enfance

Je dois vraiment être une très mauvaise personne.  Revenons à mon enfance : J’ai grandi dans le quartier de Mvog-Ada à Yaoundé avec ma mère. Ma mère était serveuse dans un bar et il paraît que c’est là qu’elle a rencontré mon père : un coup d’un soir qui sera responsable de ma venue dans ce monde.

Ayant appris qu’elle était enceinte, elle a cherché mon père pour lui annoncer la nouvelle. Mon père est un grand Mr dans ce pays avec une épouse très influente. Par peur de détruire sa famille, il a nié la paternité. Maman lui a même proposé un test de paternité mais il a refusé.

A l’époque ma mère avait 23 ans, son père étant décédé très petite, elle vivait avec ma grand-mère, une sorcière qui passait son temps à l’humilier et à récupérer tout son argent pour se pavaner telle une grande dame.

A l’annonce de ma grossesse, elle l’a mise à la rue, la traitant de bordelle, de prostituée. Ce qui est étrange c’est qu’elle revenait de temps en temps voir ma mère pour lui soutirer de l’argent ; plusieurs fois je l’entendais crier « je suis ta mère et tu dois t’occuper de moi ». En tout cas je ne l’aimais pas et elle sait très bien qu’avec moi, elle n’a pas intérêt à revenir avec ce genre de bêtises.

Ma mère s’est battue du mieux qu’elle pouvait, enchainant plusieurs boulots. Elle rentrait épuiser et n’avait pas vraiment le temps de prendre soin de moi.

Je fréquentais dans une école proche de mon quartier. J’avais plein d’amis. A chaque fois j’entendais mes camarades présenter leurs enfants comme leurs super-héros. Quand il m’arrivait de bagarrer, les autres menaçaient d’aller trahir à leurs pères. Moi je savais déjà que je ne pouvais pas compter sur ma mère que je voyais très peu.

J’ai découvert l’amour, enfin je croyais.

A l’adolescence, le manque s’est de plus en plus fait ressentir. Ma mère travaillait tout le temps dont n’était pas présente. Personne pour me gronder, pour vérifier mes bulletins, pour me conseiller sur un petit ami. J’avais tellement besoin d’être aimé d’un homme que lorsque Pierre âgé de 35 ans m’a fait des avances, j’ai pensé que c’était lui le bon.

L’écart n’était pas important. Vous savez chez nous en Afrique, plus l’homme est âgé, plus il est considéré comme mature. Pierre m’écoutait, il comblait l’absence de ce père que je n’avais jamais eu. J’avais 16 ans à l’époque et je trouvais que j’étais mature pour mon âge. Pierre m’offrait des cadeaux, il me faisait voyager. Je me voyais déjà comme sa femme.

J’ai tout appris avec lui.  Mais très vite j’ai déchanté : j’avais un besoin insatiable d’être aimé et une peur d’être abandonné que personne ne pouvait contrôler. Je l’appelais à tout moment, je fouillais dans son téléphone, je faisais des crises. Surtout qu’on ne vivait pas dans la même ville. Il venait seulement les week-ends ou bien il m’emmenait dans les voyages.

Ma mère ne savait plus quoi faire de moi. Je ne fréquentais plus, j’étais devenu insolente. J’avais ma phrase favorite. «  Tu m’as privé de père ». A cette phrase, elle pleurait et moi je pouvais sortir continuer ma vie.

Je me sentais tellement misérable. Une personne qu’aucun homme ne pouvait aimer. J’avais besoin de flirter  pour me sentir désirable. Puis je suis tombé enceinte. Je ne m’y attendais pas  du tout.  

Quand j’ai annoncé la nouvelle à Pierre, il a arrêté de décrocher à mes coups de fil, il  ne me répondait plus. Le pire c’est qu’en près de deux ans de relation, je ne connaissais pas son lieu d’habitation encore moins sa famille et ses amis.

Je descends de mes étoiles

Un beau jour, son téléphone ne passait plus. J’ai fini par comprendre que Pierre  avait fui. Tellement de larmes ont coulé ce jour avec des idées d’avortement. Mais j’avais trop peur de la mort. Ma mère l’a découverte. Elle ne m’a pas mise à la porte. Elle m’a soutenu du mieux qu’elle pouvait.

J’avais la rage. Je ne voulais pas que la même histoire avec mon père se répète. Il allait reconnaitre cet enfant qu’il le veuille ou pas. Mon enfant saurait qui est son père.

J’avais quelques informations sur Pierre notamment son lieu de service à Douala, il avait oublié l’une de ses cartes de visite. J’ai pris un bus avec pour seule indication, ce bout de papier. Heureusement pour moi j’ai pu facilement me retrouver.

A mon arrivée, ¨Pierre ressortait du bureau. Lorsqu’il m’a vu, son sourire s’est transformé en colère. Il m’a empoigné le bras et m’a amené dans un endroit. Où il m’a menacé. Puis il a sorti 50 000 FCFA et m’a demandé d’avorter.

Je lui ai remis cet argent. Tout ce que je voulais c’est qu’il reconnaisse cet enfant. Mon enfant ne grandirait pas sans son père comme moi. Il s’est moqué de moi. Mais j’ai tenu bon. Il m’a laissé sur place après plusieurs insultes.

Je l’ai attendu et l’ai suivi discrètement après on boulot. Au portail, j’ai vu des enfants courir en criant papa et une jolie femme ouvrir le portail. Il l’a embrassé. J’avais tellement mal au cœur.

Je suis descendu précipitamment du taxi et j’ai crié. La femme me regardait comme un zombie et lui essayait de m’arrêter. Je pleurais tellement que la dame a demandé à Pierre de me laisser. Elle a demandé à la nounou de venir récupérer les enfants. Elle m’a fait entrer malgré le refus de son mari.

Lui s’est vexé et est rentré dans sa chambre. Elle m’a amené dans sa cuisine et m’a donné un verre d’eau. Puis elle m’a demandé de lui raconter l’histoire.

Ce que j’ai fait. Je m’attendais à des réprimandes, des insultes, mais elle m’a prise dans ses bras et m’a consolé. Elle m’a promis qu’il s’occuperait de mon enfant et le reconnaitrait. Puis elle m’a donné de l’argent de transport.

Femme déterminée

Quelques jours plus tard, Pierre est revenu vers moi et m’a dit qu’il acceptait la paternité et prendrait soin de son enfant.

Aujourd’hui, il lui envoie de l’argent, le voit une à deux fois par an. Pas plus. Moi de mon côté, j’ai repris les études et j’essaie toujours de reprendre contact avec mon père, j’espère qu’un jour il m’acceptera.

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